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6 | Conclusion : la « recherche sur la recherche » au cœur d’un système partagé de connaissances issues de la recherche

Published onMay 16, 2022
6 | Conclusion : la « recherche sur la recherche » au cœur d’un système partagé de connaissances issues de la recherche

Dans le rapport Progress on Open Science : Towards a Shared Research Knowledge System : Final Report of the Open Science Policy Platform1, les parties prenantes de ce programme européen (OSPP) déployé de 2016 à 2020 dressent un bilan des actions menées et proposent des perspectives futures pour la science ouverte et plus généralement pour le système de la recherche en Europe. En effet, plus que la notion de science ouverte, celle de système partagé de connaissances produites par la recherche est employée (shared research knowledge system2). Cinq caractéristiques seraient clefs pour la construction d’un tel système d’ici 2030. Aux côtés de l’importance d’un système de recherche fiable et transparent, facilitant l’innovation et reconnaissant l’inclusivité et la diversité, un des attributs souligné est celui de politiques et de pratiques se fondant sur des preuves (evidence-based policy and practice). Pour y parvenir, le financement et la création d’un programme de « recherche sur la recherche » est mis exergue afin d’identifier des priorités d’investigation pour les politiques publiques. Un des objectifs mentionnés est d’« examiner et évaluer comment nos méthodes de travail peuvent avantager et/ou avoir des conséquences involontaires ou négatives pour la recherche et les communautés et la société qu’elle sert 3». Le rapport datant de 2020 est représentatif d’une demande forte des politiques publiques de s’intégrer dans une « culture de réflexivité et de robustesse de la recherche 4», amenant à considérer la recherche sur la recherche comme la R&D des politiques publiques de recherche.

Cette étude exploratoire réalisée sur une durée courte a tenté d’illustrer aujourd’hui la diversité d’acteurs et d’approches prenant part à une démarche robuste et à un regard réflexif sur les pratiques scientifiques de différentes communautés tout autant que l’organisation et la gestion du système de recherche. Par cette étude, un paysage divers et dynamique a été dépeint. Différentes approches ont été décrites comme celles issues des traditions théoriques et méthodologiques (quantitative et qualitative) de la sociologie, de l’économie, des sciences politiques, de la philosophie, des sciences de l’information et des mesures (biblio/scientométrie), d’autres venant du champ des sciences sociales computationnelles, des Big Data ou encore des domaines bio-médicaux, et ce dans un contexte de politiques publiques favorables à la science ouverte. Si certaines de ces approches s’appuient sur des courants académiques (STS, sciences des mesures) établis depuis de nombreuses décennies, d’autres se sont structurées plus récemment avec une visée prescriptive et de changement se basant sur un engagement normatif d’une meilleure science et plus ouverte.

« Le point positif aujourd’hui de toutes ces approches est qu’il existe un réel intérêt pour la Science. Les fractures entre les « quanti » et les « quali » des années 90 est passée. Il y a un regain d’intérêt ce qui aboutit à des méthodes intéressantes qui se combinent par ailleurs avec une importante quantité de données. Tout ceci participe au développement d’une meilleure science de la science. » Vincent Larivière

Bien loin d’un paysage statique, l’étude fait ressortir des recherches en mouvement, des débats tout autant que des mises en garde afin que certains courants « ne réinventent pas la roue ». De nouvelles alliances entre centres de recherche et laboratoires, institutions subventionnaires, décideurs politiques et fournisseurs de données ont été repérées. Un des exemples les plus récents étant le RoRI, qui a récemment publié sa seconde feuille de route5 poussant notamment à la formation d’un réseau international d’instituts de recherche sur la recherche, fondé sur le partage et la mutualisation de données, de méthodes et d’outils.

Pour faciliter la compréhension de ce paysage diversifié et dynamique, l’étude a proposé une première grille de lecture des courants représentés tout en ayant conscience de l’effet « réducteur » face à un réseau beaucoup plus complexe et précis. Plusieurs acteurs concernés pourront se retrouver aux interstices de plusieurs catégories présentées au sein de ce rapport. Néanmoins, l’enjeu était de faire ressortir des lignes de forces tout autant que les points de frictions en remettant notamment au centre le rôle joué par les infrastructures et les fournisseurs de données de la recherche (publications, données, métadonnées, citations, etc.) dans la structuration de ce paysage et les équilibres à trouver. L’étude signale plusieurs points de vigilance, en se fondant sur la richesse des entretiens menés. Ces derniers soulignentl’importancedes échanges et discussions collectives sur l’évaluation de la recherche et l’usage des indicateurs, des métriques et de leurs impacts (fabrique des indicateurs et normes implicites incorporées, impact sur les comportements des professionnels de la recherche, gaming, mésusages). La sensibilisation à ces enjeux et la médiation que cela implique sont des pierres angulaires à considérer tout autant que le besoin de faire dialoguer différents paradigmes et méthodologies au sein des recherches menées (ou tout au moins prendre conscience de leur incommensurabilité).

Cette étude rappelle également que les travaux de « recherche sur la recherche » ne recoupent pas forcément une démarche de science ouverte. Ainsi, la question d’une démocratisation des données de la recherche et d’une réappropriation des outils d’évaluation, de découvrabilité et d’analyse de la production scientifique se pose. S’agit-il d’intégrer dans les projets de « recherche sur la recherche » une démarche volontariste de réappropriation des sources de données et de leur analyse par la recherche publique ou bien de composer avec l’offre de services et d’outils d’analyses par des fournisseurs privés de données ? Sans tomber dans une attitude manichéenne, le rôle des infrastructures et plateformes de communication académique est une problématique clef à ne pas omettre dans une perspective de science ouverte. Au-delà des axes forts de l’accessibilité et de la transparence de la recherche, les thématiques abordées au sein des recherches sur la recherche dépassent les sujets initiaux de la science ouverte (open access, données FAIR, compétences, différences disciplinaires, reproductibilité) pour y intégrer les problématiques d’intégrité, de diversité, d’inclusivité au sein des milieux académiques et scientifiques.

Pour conclure, en tentant de capturer un instantané d’un paysage en rapide évolution, la présente enquête réalisée dans un temps court se veut une base de discussion et d’échange pour le Lab de la science ouverte. Pour cela, même si elle n’est pas présente directement dans le contenu principal du rapport, une cartographie des différents acteurs repérés tout au long de la phase des entretiens a été établie. Celle-ci (détaillée en annexe)fait ressortir des communautés d’acteurs moins actifs dans les mouvements actuels de la metascience ou de la recherche sur la recherche, qui œuvrent aux politiques de recherche et à leur impact. La lecture du rapport et des annexes – par les questions et les commentaires qu’ils susciteront – participera, nous l’espérons, à développer une « réflexivité » plus grande sur la science ouverte dans ses dimensions à la fois techniques, organisationnels tout autant que dans la diversité des approches à mettre en œuvre et à articuler.

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