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1 | Introduction

À propos de cette étude | Méthodes mixtes, numériques et démarche de science ouverte | Premier constat et plan du rapport

Published onMay 16, 2022
1 | Introduction
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À propos de cette étude

En juillet 2021, le deuxième Plan national de la science ouverte annonçait la volonté de développer le champ des recherches sur la recherche en l’intégrant au cœur des actions de son quatrième axe « transformer les pratiques pour faire de la science ouverte le principe par défaut »1.

Pour cela, la création d’un Lab de la science ouverte (LabSO) était mentionné comme élément structurant pour répondre à deux objectifs : 1/ informer et orienter les politiques de science ouverte et 2/ favoriser leur déclinaison de la science ouverte. Les liens internationaux représentaient un autre axe clef avec la proposition d’un Open Science Observatory dans le contexte d’un paysage actif et en mouvement sur les thématiques de recherche sur la recherche et de metascience.

Avant de mettre en place un tel Lab de la science ouverte, il était nécessaire de mieux comprendre le périmètre de la recherche sur la recherche (research on research) dans un contexte international tout autant que ses articulations avec d’autres travaux actuels (metascience, science of science, science and technology studies, etc.). Quelques questions clefs étaient soulevées : Qui sont les acteurs impliqués dans ces travaux de recherche ? Quels sont leurs objectifs et démarches ? Quels liens avec les politiques publiques de recherche et de science ouverte plus spécifiquement ? Comment le LabSO pourrait se situer parmi les initiatives déjà existantes ?

Afin de répondre à ces questions, dans un paysage international dynamique sur ces thématiques2, le Comité pour la science ouverte a souhaité mener une étude exploratoire pour mieux appréhender les acteurs et approches associées à la recherche sur la recherche et autres termes utilisés pour désigner le champ des recherches et études sur la science et la recherche aujourd’hui (cf. encadré Terminologie 3). Dans ce rapport, il ne s’agit pas donner une définition de ces termes mais de mieux comprendre qui sont les acteurs s’y rattachant, de noter les points communs et les divergences tout autant que les objectifs de leurs recherches et les publics associés (autres chercheurs, financeurs, politiques, etc.).


Terminologie

Plusieurs termes sont employés pour désigner les recherches et études sur la science et la recherche. On trouve avant tout des termes transposés de l’anglais : metascience, meta-research, research on research, mais aussi d’études sur les sciences et technologies (science and technology studies) et de science de la science (science of science). La notion de « scientométrie » regroupe aussi un vaste ensemble de travaux visant à mesurer la production scientifique et son impact

Dans le titre de ce rapport, le choix de favoriser le terme « recherche sur la recherche » tient au fait qu’il est aujourd’hui utilisé dans la sphère des politiques publiques. Comme le soulignait en entretien James Wilsdon, les termes metascience et meta-research sont souvent utilisés de manière interchangeable par les chercheur·e·s, mais parlent moins au public non-académique.


Menée sur une période courte de moins de trois mois, l’étude exploratoire a permis de dresser un paysage d’acteurs et d’approches ainsi que d’initier un premier travail de cartographie numérique représentant les liens existants sur le Web entre différentes organisations et initiatives (financeurs, projets, centres de recherche, fournisseurs de données, éditeurs, etc.). Cette cartographie est proposée en annexe comme première contribution mise à disposition du LabSO.

L’étude répond ainsi à trois objectifs :

  1. repérer des grands courants de recherche en « recherche sur la recherche » dans le paysage plus général de la recherche universitaire en Europe et outre-atlantique, en reconnaître les principaux acteurs institutionnels et différencier les approches mobilisées par les uns et les autres ;

  2. proposer une méthodologie d’analyse dans une démarche de science ouverte (méthodes mixtes et cartographie numérique) pour faciliter son appropriation ;

  3. émettre des recommandations pour faciliter le positionnement du LabSO et s’inspirer d’initiatives existantes.

Méthodes mixtes, numériques et démarche de science ouverte

1.1 Méthodes mixtes et cartographie numérique

L’étude s’appuie sur des méthodes mixtes de recherche (mixed methods research) et s’ancre dans les principes de la science ouverte, avec une démarche visant à la transparence des procédés et à la traçabilité des raisonnements et interprétations. L’approche mixte développée permet un croisement d’informations qualitatives (entretiens, analyse bibliographique) et quantitatives (cartographie numérique) recueillies lors de l’enquête. Plusieurs questions ont été formulées pour guider ce travail exploratoire et ont servi de base à la trame d’entretiens (cf. visuel « Questions de recherche »)4.

En tout, 13 entretiens semi-dirigés d’une durée d’une heure ont été conduits sur la période d’août à septembre 2021 avec différents acteurs impliqués dans ces champs de recherche (cf. Page Crédit). Ces derniers ont donné lieu à une interprétation qualitative. En parallèle, une analyse quantitative a été développée avec l’emploi de méthodes dites numériques. Suite à une phase de pré-analyse, la phase quantitative s’est centrée sur la réalisation d’une cartographie numérique décrivant un réseau d’URL obtenu via Hyphe, logiciel Open Source de moissonnage5. L’interprétation s’est construite sur la base d’un croisement de l’analyse qualitative et qualitative, les deux se nourrissant de manière itérative6 (cf. visuel « Méthodologie »).

1.2 Démarche science ouverte

L’étude a aussi été l’occasion de mettre en application une démarche de science ouverte impliquant l’usage de logiciels libres et la mise à disposition des ressources quantitatives (données, journal de bord, etc.) ayant servi à l’élaboration des représentations cartographiques. D’autre part, les pistes d’analyse proposées sont le résultat d’un processus collaboratif de recherche qui a mobilisé plusieurs acteurs clefs de l’écosystème de la science ouverte en France, dont des personnes regroupées lors du séminaire de préfiguration du LabSO. La construction cartographique et une réflexion sur les résultats obtenus a fait aussi l’objet d’échange avec différents chercheur·e·s et ingénieur·e·s spécialisé·e·s sur ces objets de recherche7.


Regard qualitatif

Pour l’analyse des entretiens, une attention particulière a été portée sur les dispositifs socio-techniques et leurs dynamiques. Par dispositifs socio-techniques, nous entendons l’ensemble des acteurs mais aussi outils et plateformes qui structurent les activités de productions de connaissances scientifiques.
Voici les informations qui ont fait l’objet d’un recensement et d’une analyse :

  • Acteurs : instituts, communautés et personnes impliqués ainsi que leurs motivations

  • Objets/outils employés/développés

  • Infrastructures sur lesquels les recherches se fondent ou circulent (sources des données)

  • Méthodes d’analyse employés par différentes communautés d’acteurs

  • Modes de communication et de structuration de communautés de pairs : conférences, journaux

  • Soutiens financier et politique

Un regard a aussi été porté sur les controverses et les frictions entre différents courants et approches des études sur la science et la recherche.


Premier constat et plan du rapport

1.1 Une diversité de profils et de parcours

La diversité de termes associés aux études sur la science et la recherche aujourd’hui s’explique par la présence de disciplines académiques, de cadres institutionnels et organisationnels distincts. On retrouve cette diversité à l’échelle individuelle dans le parcours des personnes interviewées comme le cas d’un informaticien qui considère avoir fait un « pas de côté » vers les STS (science and technologie studies). Parmi la pluralité des parcours, trois profils ont pu être repérés :

  • Tout d’abord, des chercheurs et chercheuses de disciplines des sciences humaines et sociales (SHS) comme la sociologie, l’histoire des sciences, la philosophie, ou encore l’économie, qui se sont spécialisé·e·s sur l’étude des sciences et technologies dans des centres et laboratoires dédiés.

  • Ensuite, des chercheurs et chercheuses venant de disciplines des sciences et techniques médicales (STM) comme la médecine, la psychologie, la biologie, la chimie ou encore l’informatique, qui se sont intéressées au cours de leur parcours étudiant puis professionnel à la metascience/méta-research et en ont fait leur spécialité. Ces derniers ont rejoint des centres ou laboratoires (universitaires ou non) dédiés avec des équipes interdisciplinaires et des missions stratégiques8. Souvent leurs motivations sont fondées en partie par une « frustration » ou des critiques apportées aux disciplines dont ils et elles proviennent qui les ont poussés à s’interroger sur leurs pratiques et à vouloir les améliorer9.

  • Dernièrement, un ensemble de chercheurs et chercheuses qui exercent dans leurs disciplines académiques principales mais mènent des études supplémentaires à ce sujet et s’impliquent sur les thématiques de science ouverte ou de recherche numérique au titre d’autres fonctions (référent science ouverte, numérique, etc.)10.

Pour toutes et tous, outre les fonctions de recherche, d’autres fonctions sont souvent prises par ces personnes, par exemple des fonctions éditoriales, de management ou bien des missions de conseil pour leurs centres de recherche (cf. visuel « premiers constats »).

1.2 Plan du rapport

Ces profils offrent un premier aperçu des acteurs prenant part à ces champs de recherche à l’échelle individuelle. Dans la suite du rapport, l’analyse se situe à une échelle plus macro afin de dresser un paysage général et de donner quelques grandes lignes des courants de recherche représentés et des différents acteurs impliqués ainsi que les spécificités de leurs approches. L’approche macro à échelle internationale (Amérique du Nord et Europe11) a pour désavantage de réduire la finesse de l’analyse des communautés de recherche, de leurs dynamiques et des sous-courants de recherche qui les constituent12. Néanmoins, cette grille d’analyse « idéal-typique » donne un premier aperçu et a pour objectif d’aider des personnes extérieures à ces recherches à se repérer dans un paysage divers et en mouvement. Différentes catégories issues de l’analyse croisée qualitative et quantitative, sont présentées dans la suite de ce rapport. À chaque fois, une présentation générale des communautés, mouvements, réseaux d’acteurs et de leurs approches est faite. Des encadrés apportent des compléments d’informations et détaillent les projets, centres, articles et conférences caractéristiques de chaque approche.

La suite de ce rapport présente différents approches réparties sur trois chapitres. Nous avons fait le choix de présenter en premier lieu (chapitre 2 |) les études des sciences et de la production scientifique, menées de longue date par des courants de recherche académique avec le champ interdisciplinaire des études des sciences et technologies (STS) (suivre le lien - https://meta-open-research.pubpub.org/pub/ygicyvdw#les-sciences-des-mesures-scientomtrie-et-bibliomtrie ou partie de chapitre 2 - cliquez pour familiriaser)et les sciences des « mesures » (scientométrie et bibliométrie).

Le chapitre 3 | est consacré à la présentation des travaux sur la recherche issus de communautés et mouvements scientifiques plus récents s’ancrant dans les récits fondateurs d’une meilleure science possible et d’une recherche prenant parti d’approches data intensive. Ce discours de l’émergence même d’une discipline, la metascience, a fait l’objet de critiques de la part de courants initiaux. La sous-partie décrit les démarches communautaires impulsées dans le domaine bio-médical et les méthodes interventionnelles et expérimentales qu’elles proposent pour une « réforme scientifique ». Le courant de la science of science y est distingué car provenant plutôt du développement des sciences sociales computationnelles. Enfin une dernière sous-partie dessine la restructuration de communautés existantes en STS et scientométrie pour former une « nouvelle garde » prenant comme objet d’étude la science ouverte, tout autant que les critères d’inclusivité, d’intégrité et de diversité en recherche, associant à leurs réflexions théoriques une mise en application de ces principes (3.4). Dans cette mouvance de science ouverte et de démocratisation de l’accès aux données, un focus est fait sur le développement de quelques outils par différentes initiatives pour se réapproprier les modalités d’évaluation de la production scientifique.

Le chapitre 4 | s’intéresse plus spécifiquement au courant de la « recherche sur la recherche » comme outil de conduite des politiques publiques de la recherche. S’inspirant des mouvements précédents, ces approches visent à développer des politiques publiques fondées sur les preuves et pour cela créent des alliances d’un nouveau genre entre centres de recherches, décideurs politiques, organismes de financement et fournisseurs de données de la recherche. La « recherche sur la recherche » même si elle s’ancre dans des principes de la science ouverte (notamment le libre accès aux articles scientifiques), s’en distingue sur quelques aspects concernant les principes d’infrastructures ouvertes des données et de réappropriation publique de l’évaluation de la recherche.

Le chapitre final 5 | apporte quelques éléments stratégiques pour la préfiguration du Lab de la science ouverte issus des entretiens menés dans le cadre de cette enquête. Enfin en annexes, se trouvent les détails sur la cartographie réalisée sur la base de méthodes numériques13, la trame des entretiens et la liste des personnes interrogées.

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